Sans le savoir, vous y êtes entré...

Page Officielle du Massacre dans la 520eme Dimension
Un jeu édité par loriciels en 1987.

La Jaquette du jeu Massacre

Page Officielle du Massacre dans la 520eme Dimension

Reproduction provenant de la collection personelle de l'auteur

Décodages

décodage

Sur le dos de la jaquette du jeu vous pouviez découvrir le petit texte suivant assorti de quelques copies d'écran de Massacre.

Nous avons demandé à un ancien utilisateur de Massacre, qui en l'occurrence se trouve être une utilisatrice. Elle est aujourd'hui psychanalyste. Elle va donc nous éclairer un peu sur le sens caché de ce texte:

Le texte original

Un petit tour au musée des horreurs, ça vous dirait ?! La fête se termine. Et les forains rentrent chez eux. Seul, perdu au milieu de tous ces stands, vous tâchez de retrouver votre chemin, quand tout-à-coup, quelque chose attire votre regard.
Bizarre, elle semble si réelle... Intrigué plus qu'apeuré, vous aller tenter de pénétrer dans le lieu et y découvrir ses secrets.
Déjà la lourde porte se referme derrière vous. Vous vous décidez alors à emprunter cet escalier branlant. Attiré par des gémissements, vous entrez à tâtons et risquez un oeil, au trou de la serrure d'une des portes...
Une créature superbe supplie de la rejoindre...! Que faire ?! MASSACRE est un très beau jeu d'aventures aux graphismes saisissants utilisant entièrement avec la souris. Un objet vous intéresse: vous cliquez et vous l'emportez. Mais réfléchissez bien à leurs utilités, car vous ne pourrez en conserver que trois.
Utilisez votre perspicacité pour résoudre l'énigme, regardez bien les pierres composant les murs par exemple, et ne vous laissez pas attirer trop facilement par de jolies filles trop aguichantes."

Le commentaire de notre amie

La première phrase résonne déjà comme une invitation au pays du sado-masochisme, avec une connotation morbide donnée par le terme "musée" qui renvoie à un univers objectal mortifère et figé dans une"collection". Collection d'objets archaïques dont on sait pertinemment qu'on ferait mieux de ne pas trop aller y voir. Nous pouvons même faire le commentaire suivant, et qui est très judicieux, à propos du "petit tour" qui évoque le "Tu montes Chéri?" de certaines créatures bel et bien bi-sexuées sous une apparence qui tend à affirmer quelque chose d'une féminité qui n'est en l'occurrence qu'une pseudo-féminité. Je vois également le "petit tour de manège" qu'on propose aux enfants. Manège qui tourne le corps et la tête, et où on s'abandonne aux délices de la passivité.

La deuxième phrase ouvre à l'archaïsme à proprement parler, puisque tout ce qui pouvait apparaître comme un jeu par la présence d'acteurs (les forains et la foule sur la "scène de la fête") se referme pour ouvrir un univers où la solitude et la perte de repères menacent subitement le joueur qui ne trouve alors plus d'issue que dans une fascination à l'égard d'un objet informe et innommable. "Quelque chose" qui est immédiatement décliné au féminin, dans la phrase suivante, et prend un statut d'objet mixte entre réel et imaginaire.

La séduction l'emporte sur la crainte et les images de pénétration et de découverte renvoient à une curiosité sexuelle infantile, mais aussi à l'envie de bons objets nourriciers contenus dans le corps maternel, en plus du simple désir d'accomplissement du coït.

L'objet n'est cependant toujours pas défini et on se demande dans quelle mesure il accède à un statut d'être humain. Le texte parle d'un "lieu", sans plus de précisions. Lieu qui prend ensuite l'allure d'un piège qui se referme, laissant peu d'espoir d' en ressortir facilement.

L'étayage est bien fragile dans ce cheminement incertain ("l'escalier branlant" qui évoque également la masturbation, dans un auto-érotisme difficile à élaborer).

Ensuite, on aborde d'autres aspects de l'archaïque dans une déclinaison de modalités sensorielles, évoquées de façon ramassée et on pourrait dire confondues, puisque le joueur est d'abord soumis à une excitation sonore, qui nous renvoie à la célèbrissime Scène Primitive par le gémissement dont on se demande quelle réalité vécue il recouvre et nous renvoie conjointement aux images de l'hystérie et de la jouissance féminine (jouit elle ou souffre-t-elle?), l'une n'étant pas rabattable sur l'autre pour autant.

Dans un deuxième temps, le sujet ne dispose plus que du toucher pour se diriger en "aveugle" dans un univers inquiétant et pour lequel il ne dispose pas de repères autres que ceux que son corps lui permet d'appréhender. Il "risque" d'ailleurs un oeil, dont on se demande ce qui pourrait bien lui arriver. Au pire le joueur prend-il le risque d'être confronté à une représentation qui l'immobilise dans la fascination. Il se retrouve d'ailleurs comme un cornichon devant la créature qui ferait mieux de rester dans les rêves et de ne pas trop interférer dans une réalité qui est bien assez compliquée comme ça. D'ailleurs le rédacteur du commentaire le comprend bien et c'est pour ça qu'il s'extraie de la situation en imposant une forte représentation qui évoque le combat (MASSACRE écrit en majuscules) et maintient le joueur potentiel dans une logique sado-masochique, puisque c'est la lutte à mort et l'élimination radicale qui sont mises en lieu et place d' une négociation possible avec l'autre et la réalité.

Une superbe défense obsessionnelle se met en place dans le recours à la souris, médiateur qui sauve du corps-à-corps et vient comme une possibilité de manipulation totale ("entièrement") de l'autre, le réduisant définitivement à l'état d'objet. Il y a parallèlement mouvement de désidentification au joueur-personnage pris dans le jeu, pour accéder à une identification de joueur- informaticien, moins massive et donc moins dangereuse pour le sujet qui se risque dans cette aventure imaginaire.

L'emprise sur l'autre domine les représentations libidinales : "un objet vous intéresse, cliquez et emportez-le." (!)Cela renverrait à une position masculine "normale", si ce n'était la question de la quantité, en l'occurrence le désir d'emprise est total et la situation inter-subjective ne se résous pas puisqu'on passe d'une logique où l'homme est totalement sous l'emprise de la séductrice à une configuration où le rapport s'inverse dans le désir d'emprise absolue sur la femme, qui n'est plus qu'un objet délibidinalisé.

Cela renvoie à une logique de consumérisme sexuel. Ceci dit, ne nous plaignons pas, le joueur parvient ainsi à éviter le massacre pour l'un et pour l'autre protagonistes de l'histoire! (Quelle ironie). Finalement, le joueur est tout-de-même encouragé à réfléchir un peu sur ce désir d'emprise et surtout sur les conséquences qui pourraient en découler.

Point de souci éthique en l'occurrence, car le sort de l'autre n'intéresse pas tant que la perspective de la perte d'objets convoités par le joueur, en vue de sa jouissance personnelle et égoïste. Le souci de la sauvegarde narcissique, dans la rétention (les objets qu'on veut garder) prime la relation d'échange et de partage.

Ceci dit et pour finir sur une tonalité un peu optimiste, les "trois objets" laissent timidement entrevoir quelque chose d'une élaboration oedipienne possible, du moins évoquée. Le tout étant de savoir quelle place on attribue à l'autre et quelle place on veut occuper dans cette Sainte-Trinité, qui nous sauve d'un rapport à l'autre où seule l'exclusion mutuelle et absolue représente une chance d'échapper à une fusion fatale.

Les objets

En guise de conclusion

Il y aurait encore beaucoup à dire, et je suis obligée de simplifier faute de courage et de temps.


Logo Atari Logo Atari Logo Atari Logo Atari
Logo Loriciel Logo Loriciel Logo Loriciel Logo Loriciel
Zombi naze Zombi naze Zombi naze Zombi naze